Dacoromania litteraria est une revue d’histoire littéraire, dédiée aux cultures littéraires dans l’espace roumain, vues comme résultat des échanges internationaux, des transferts des formes et des idées, du positionnement dans une économie globale des valeurs littéraires. Lire plus...


3 | 2016
Usages de la communauté. Théories et pratiques collaboratives

Dossier coordonné par / Edited by Laura PAVEL, Ligia TUDURACHI

ISSN 2360 – 5189
ISSN–L 2360 – 5189
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Il faut reconnaître le mérite du concept de la «communauté interprétative», proposé par Stanley Fish dans un article de 1976, Interpreting the Variorum: il a ouvert indéfiniment le champ des «communautés» possibles et reste jusqu'à présent une source de dilemmes théoriques, de mises en débats, de ruptures et recompositions de la pensée critique en marge de la littérature, de l'art, et des phénomènes esthétiques en général. Les gestes interprétatifs dans les divers domaines de l'expression artistique produisent, sinon des communautés et des communions des idées, au moins des effets de «réseau», des dispositifs collaboratifs d'analyse esthétique et culturelle. Nombreux sont aujourd'hui les critiques et les herméneutes littéraires, ainsi que les théoriciens du visuel ou des arts performatifs, qui agissent sur une scène commune de la pensée critique. En guise d'exemple, on peut évoquer l'anthropologie de Michel Serres ou de Bruno Latour qui permettent le dialogue des interprétations culturelles, au-delà des frontières disciplinaires. Un concept comme l'iconophilie, formulé par Bruno Latour contre l'attitude iconoclaste et l'attitude iconodule (dans un texte de 1998, How to be Iconophilic in Art, Science, and Religion?), et destiné à l'analyse commune des images artistiques, scientifiques et religieuses, est capable de ressusciter le débat sur les enjeux communs de la critique d'art, de la critique et la théorie littéraire et, également, des diverses idéologies esthétiques contemporaines qui refont une seule – et même – gesticulation interprétative. Le troisième numéro de la revue Dacoromania litteraria focalise sur les communautés interprétatives contemporaines, dans et au-delà de la sphère du littéraire. Ce que nous proposons, c'est de rouvrir le débat anthropologique sur le partage communautaire, tout en l'accompagnant d'un questionnement portant sur les communautés collaboratives, qui impliquent en même temps l'anthropologie et la poétique de la créativité. En nous appuyant sur le concept de communitas, dans l'acception que lui a donnée l'anthropologue Victor Turner (et qui désigne une condition privilégiée de certains membres d'une communauté qui partagent l'expérience d'un «seuil» existentiel, une condition liminale, comme dans les cas des rituels de passage), nous avons intentionné de mettre au travail une notion élargie du rassemblement communautaire. Nous avons voulu écarter – surtout pour les domaines de la création artistique – la perspective centrée sur l'auteur et sur ses mythologies de la génialité, qui domine encore l'imaginaire des études littéraires et même celui des études théâtrales. Les collaborations intra-communautaire et inter-communautaire créent des communautés alternatives à celles romantiques ; elles explorent d'autres manières d'engager les individus et la société dans la réalisation des produits artistiques. C'est une réflexion qui privilégie une perspective transdisciplinaire sur la sociabilité, l'inter-connexion des diverses formes de rassemblement, et finalement un dialogue trans-medial qui passe d'un langage à un autre. Littérarité, visuel, performativité, ces concepts qui rendent compte sur la différence spécifique à un domaine de l'expression artistique, peuvent tout aussi bien fonctionner comme des instruments d'interprétation qui viennent revigorer le discours du domaine voisin.



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Enjeux interprétatifs / Interpretive Landmarks

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